Pourquoi partir?

                Partir, loin, sans trop savoir quand je vais revenir ; je n’ai fait ça qu’une seule fois dans ma vie. En 2006, au début de l’hiver, un projet a commencé à me pousser dans la tête sans trop que je sache d’où il sortait. J’avais, depuis assez longtemps, une curiosité pour le Japon, mais rien qui jusque-là aurait pu me donner envie de m’y rendre sans savoir quand je reviendrais. Pourtant, quelques mois plus tard, mon billet d’avion était acheté et j’avais entre les mains mon tout premier passeport. J’avais 19 ans et j’allais vivre l’une des expériences les plus marquantes de ma vie. 

Voyager seul, ça permet de se découvrir soi-même ; on se retrouve face à des situations qui font ressortir le meilleur et le pire de notre personnalité. Je suis revenu de là profondément changé, mais sans aucun plan pour la suite. La routine que j’avais mise de côté un an plus tôt m’est tombée dessus si rapidement !  Le sentiment le plus paniquant a été celui d’avoir l’impression de n’être jamais parti. C’est comme si j’avais fait un voyage dans le temps ; j’avais énormément changé, j’avais vécu toutes sortes de choses, mais ce que j’avais laissé derrière était resté exactement au même endroit.

Les gens qui partent longtemps comprennent généralement ce sentiment de choc du retour que l’on ressent en retournant plus ou moins dans son ancienne vie. Les premières semaines vont généralement bien, on est comblé simplement en retrouvant sa famille et ses amis. Les gens les plus proches de nous et ceux qui ont vécu une expérience semblable comprennent qu’on a envie de partager ça avec eux, qu’on a envie de parler de nos expériences pendant des heures. Les autres posent des questions par politesse, mais on fait habituellement le tour des questions rapidement. De toute façon, comment je suis censé répondre à une question comme « Alors, comment était ton voyage ? » J’ai été parti un an ! Je commence par où ? Mon voyage était angoissant et inspirant, ennuyant et excitant, chaud et froid, facile et difficile, complet et vide, terrifiant et fascinant… C’est un ensemble de mille aventures, expériences, rencontres, réussites, échecs, joies et peines qui en font un tout que je ressens, mais que je ne pourrais expliquer en quelques mots. 

On voudrait tout changer autour de nous pour continuer de vivre ce qu’on avait « là-bas ». Rapidement, on réalise que c’est nous qui devons faire des ajustements, même si on est vraiment bien avec qui on est devenu.  La résistance qu’on rencontre est normale, pourtant, on a tous à certains moments de notre vie, l’impression qu’on doit changer notre entourage pour faire notre place, pour être heureux. C’est tellement plus terrifiant de chercher à changer soi-même, remettre en question la place qu’on veut occuper dans le monde. Puis vient une certaine acceptation de notre nouvelle réalité qui, dans mon cas, s’est transformée en carburant qui m’a permis de passer à travers 6 ans d’études post-secondaires que je n’aurais jamais pensé faire avant de partir à l’autre bout du monde.

J’ai peaufiné mon anglais, j’ai appris l’espagnol, l’italien et le japonais. À la fin de ces années d’études, j’ai occupé différents postes de vente ou je n’ai pratiquement pas utilisé ce que j’avais appris pendant les 6 années précédentes. Trouvez l’erreur.

                En janvier, cette année, après une discussion qui a tout changé, j’ai compris que je n’étais pas sur le bon chemin. Que je m’étais perdu quelque part et que, depuis peut-être quatre ans, je suivais un chemin tracé par d’autres, un chemin qui n’est pas fait pour moi. J’en ai parlé avec une bonne amie :

– J’ai l’impression d’avoir mis le doigt sur quelque chose d’important. Comme si j’avais enterré quelque chose d’important pour moi et que je savais maintenant que je dois le retrouver.

– Alors tu retournes au Japon ?

Elle me connaît bien, mais ce n’est pas exactement ça.

– Pas tout à fait. Il y avait effectivement quelque chose de spécial au Japon, mais je crois que je pourrais retrouver ça n’importe où. C’est plutôt l’attitude ou la personnalité que j’avais là-bas que je dois retrouver. Le Guillaume que j’ai rencontré au Japon, c’est la personne que j’aimerais être. Je n’ai pas réussi à le ramener la dernière fois, ni à vraiment le retrouver lors de mes derniers voyages, mais cette fois-ci je vais y arriver.

                J’ai quitté mon emploi mercredi passé, j’ai vendu presque tout ce que j’ai. Je pars demain et je ne sais pas quand je reviens.

3 thoughts on “Pourquoi partir?

  1. Alexandre Monier

    Félicitation Guillaume ! Je suis très fier de toi et je te souhaite un excellent voyage ! J’ai lu ton texte au complet et c’est vraiment très mature de ta part. Continue ton bon travail !!

  2. Nancy (ton ancienne boss?)

    Wow!!! C’est tellement beau et profond. Tu me fait réfléchir sur mon propre cheminement. Je vais te lire à chacune de tes publications.

    J’était présente lors de ton départ au Japon et maintenant je vais suivre ton aventure et ta redécouverte de l’homme que tu es à l’intérieur de toi?

    Bon voyage James Bond?
    Be safe xx

  3. Frank Mascolo

    Bonjour Guillaume
    Je suis toujours surpris par la facilité que tu as de t’exprimer par écrit toi qui est si discret en personne. J’aime beaucoup ta prose, ta sincirité, ta candeur. Il y a certainement là quelque chose à exploiter.
    Encore une fois Françoise et moi te souhaitons un bon voyage d’introspection et l’espérance de trouver ce que tu cherches. Frank

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